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Surendettement à la Retraite : Procédures et Solutions

Les solutions face au surendettement pour les retraités. Banque de France, plan, rétablissement.

Surendettement à la retraite : comprendre la situation et agir efficacement

Perdre le contrôle de ses finances après une vie de travail est une réalité que vivent des centaines de milliers de retraités en France. Le surendettement à la retraite n’est pas une fatalité, mais il exige une réaction rapide et méthodique. Selon les dernières données de la Banque de France publiées en 2024, près de 30 % des dossiers de surendettement déposés concernent des personnes de plus de 55 ans, dont une part significative de retraités vivant avec une pension inférieure à 1 200 € par mois. Ces chiffres rappellent l’urgence de disposer d’informations claires sur les procédures disponibles et les solutions concrètes.

Pourquoi les seniors sont-ils particulièrement exposés au surendettement ?

La chute de revenus au moment de la retraite

La transition vers la retraite s’accompagne, dans la grande majorité des cas, d’une baisse significative des revenus. En France, le taux de remplacement moyen — c’est-à-dire la part du dernier salaire couverte par la pension — oscille entre 50 % et 75 % selon les régimes et les carrières. Un cadre gagnant 3 500 € nets peut ainsi se retrouver avec une pension de 2 100 €, parfois moins. Or, les charges financières contractées pendant la vie active, elles, ne diminuent pas automatiquement.

Un crédit immobilier souscrit à 45 ans, des crédits à la consommation pour équiper la maison, une voiture financée à crédit : ces engagements peuvent rapidement représenter un taux d’endettement insoutenable dès lors que les revenus chutent de 30 à 40 %.

Les dépenses de santé, un facteur aggravant

Avec l’avancée en âge, les dépenses de santé augmentent inévitablement. Consultations de spécialistes, soins dentaires, optique, appareillages auditifs : le reste à charge pour un retraité peut dépasser 2 000 € par an, même avec une complémentaire santé. Pour un senior dont la pension s’élève à 900 €, comme c’est le cas pour une grande partie des retraités ayant eu des carrières discontinues ou à temps partiel, cette pression est immédiate.

L’isolement et le recours aux crédits renouvelables

Face aux difficultés, certains seniors font appel à des crédits renouvelables ou revolving pour combler les fins de mois difficiles. Or, ces produits financiers présentent des taux annuels effectifs globaux (TAEG) pouvant atteindre 21 %, voire davantage pour les plafonds les plus élevés. Un solde de 5 000 € sur un crédit revolving à 20 % d’intérêt génère ainsi près de 1 000 € d’intérêts annuels, sans que le capital ne diminue réellement si les remboursements minimaux sont seuls assurés.

La procédure de surendettement à la Banque de France : étape par étape

Qu’est-ce que la procédure de surendettement ?

La procédure de surendettement est un dispositif légal, gratuit, encadré par le Code de la consommation (articles L. 711-1 et suivants). Elle est gérée par les commissions de surendettement de la Banque de France, présentes dans chaque département. Elle s’adresse aux particuliers — y compris les retraités et seniors — qui se trouvent dans l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de leurs dettes non professionnelles.

Contrairement à une idée reçue, cette procédure n’est pas réservée aux personnes sans revenus. Un retraité percevant une pension de 1 400 € mais remboursant 900 € de mensualités de crédit peut tout à fait être éligible.

Le dépôt du dossier

La première étape consiste à déposer un dossier de surendettement auprès de la commission compétente. Ce dépôt peut s’effectuer :

  • En ligne, via le portail officiel de la Banque de France (banque-france.fr)
  • En courrier, en envoyant le formulaire Cerfa n° 13594 dûment complété
  • En se présentant directement à l’un des 105 succursales de la Banque de France en France métropolitaine

Le dossier doit comporter une liste complète des dettes, des relevés de comptes, les justificatifs de revenus (avis de pension, pension de retraite complémentaire Agirc-Arrco, etc.) et un état du patrimoine.

L’instruction du dossier et la décision de recevabilité

Une fois le dossier déposé, la commission dispose de trois mois pour statuer sur sa recevabilité. Dès le dépôt, une suspension provisoire des poursuites peut être accordée, ce qui suspend les procédures de saisie en cours et protège le senior contre les relances abusives des créanciers.

Si le dossier est jugé recevable, la commission entre en phase d’orientation et peut proposer :

  • Un plan conventionnel de redressement, négocié avec les créanciers
  • Des mesures imposées, si aucun accord n’est trouvé
  • Une procédure de rétablissement personnel, en cas de situation irrémédiablement compromise

Le plan conventionnel de redressement

C’est la voie privilégiée. La commission cherche à trouver un accord entre le débiteur et ses créanciers. Elle peut proposer :

  • Un rééchelonnement des dettes sur une durée maximale de 7 ans
  • Une réduction ou suppression des intérêts
  • Un moratoire temporaire sur les remboursements

Exemple concret : Monsieur D., 68 ans, retraité de la fonction publique avec une pension de 1 650 €, doit faire face à 38 000 € de dettes réparties entre un crédit auto (12 000 €), deux crédits à la consommation (16 000 €) et un découvert bancaire chronique (10 000 €). Ses mensualités totales atteignent 1 100 €, soit 66 % de ses revenus. Après dépôt du dossier, la commission obtient un rééchelonnement à 420 € par mois sur 7 ans avec suppression de la totalité des intérêts, libérant ainsi 680 € par mois pour ses dépenses courantes.

La procédure de rétablissement personnel (PRP)

Pour les situations les plus graves, lorsqu’aucun plan de remboursement n’est viable, la commission peut orienter le dossier vers une procédure de rétablissement personnel. Cette procédure, homologuée par le juge du tribunal judiciaire, peut aboutir à un effacement total des dettes. Elle existe sous deux formes :

  • PRP sans liquidation judiciaire : lorsque le débiteur ne possède pas de biens d’une valeur significative (hors biens meublants)
  • PRP avec liquidation judiciaire : lorsqu’un patrimoine existe (bien immobilier, par exemple), celui-ci peut être liquidé pour rembourser partiellement les créanciers

Pour un retraité locataire n’ayant pour tout bien qu’une voiture ancienne et quelques économies, la PRP sans liquidation peut représenter une véritable sortie de crise.

Les solutions alternatives et complémentaires à la procédure Banque de France

Le rachat de crédits pour seniors : une solution préventive

Avant d’en arriver à la procédure de surendettement, le rachat de crédits constitue une alternative à envisager sérieusement. Cette opération consiste à regrouper l’ensemble des prêts en cours — immobilier, consommation, revolving — en un seul crédit avec une mensualité réduite et une durée allongée.

Pour un retraité de 65 ans cumulant 900 € de mensualités diverses, un rachat de crédit peut permettre de ramener cette charge à 450 ou 500 € par mois, au prix d’un allongement de la durée de remboursement. Certains établissements spécialisés dans le financement senior proposent des solutions adaptées aux retraités jusqu’à 85 ou 90 ans, sous réserve d’une assurance emprunteur adaptée à l’âge.

Point de vigilance : Le rachat de crédits génère un coût total plus élevé sur la durée totale. Il doit être réservé aux situations où la mensualité allégée permet réellement de retrouver un équilibre budgétaire durable.

L’assurance emprunteur et la délégation d’assurance

Beaucoup de seniors ignorent qu’ils peuvent renégocier leur assurance emprunteur, même en cours de crédit. Depuis la loi Lemoine du 28 février 2022, il est possible de changer d’assurance emprunteur à tout moment, sans frais ni pénalités. Pour un retraité de 65 ans, le passage d’un contrat groupe bancaire à une délégation d’assurance individuelle peut représenter une économie allant de 30 à 50 % sur la prime annuelle.

Exemple chiffré : Pour un capital restant dû de 80 000 €, un contrat groupe peut coûter 1 200 € par an à 65 ans. Une assurance individuelle adaptée aux seniors peut descendre à 650 ou 700 € annuels, soit une économie de 500 € par an.

Le prêt viager hypothécaire : mobiliser son patrimoine sans vendre

Le prêt viager hypothécaire est une solution méconnue mais particulièrement adaptée aux seniors propriétaires confrontés à des difficultés financières. Il permet d’obtenir un capital (ou une rente) en mettant en garantie son bien immobilier, sans avoir à le vendre et sans obligation de remboursement de son vivant. Le remboursement intervient au décès, par la vente du bien, ou en cas de vente volontaire.

Pour un propriétaire de 72 ans avec un appartement estimé à 250 000 €, le montant empruntable peut atteindre 80 000 à 100 000 € selon les établissements et les barèmes actuariels. Ces fonds peuvent servir à rembourser des dettes urgentes, éviter une procédure de surendettement ou simplement retrouver une trésorerie saine.

Les aides sociales souvent méconnues des seniors en difficulté

Plusieurs dispositifs d’aide peuvent alléger les charges d’un retraité en situation précaire :

  • Le Fonds de Solidarité Logement (FSL) : accessible aux retraités à faibles revenus pour régler des dettes de loyer ou d’énergie
  • L’Aide Personnalisée au Logement (APL) et l’Allocation de Logement Sociale (ALS) : toujours vérifier son éligibilité, les barèmes étant revalorisés chaque année
  • La Complémentaire Santé Solidaire (CSS) : pour les retraités dont les ressources sont inférieures à environ 1 015 € par mois (personne seule, seuil 2025), cette aide couvre entièrement le ticket modérateur
  • Le minimum vieillesse ou ASPA (Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées) : en 2025, son montant s’élève à 1 012,02 € par mois pour une personne seule. De nombreux retraités éligibles n’en font pas la demande, par méconnaissance ou par crainte du recours sur succession

L’accompagnement par les Points Conseil Budget (PCB)

Le réseau des Points Conseil Budget, déployé par le gouvernement depuis 2020 et renforcé en 2023, offre un accompagnement gratuit et confidentiel aux personnes en difficulté financière. Animés par des associations agréées comme l’UDAF (Union Départementale des Associations Familiales), Crésus, ou encore des centres communaux d’action sociale (CCAS), ces points de contact permettent :

  • D’établir un budget détaillé
  • D’identifier les aides auxquelles on a droit
  • D’être accompagné dans le dépôt d’un dossier Banque de France si nécessaire

Pour trouver le PCB le plus proche, le site mesquestionsdargent.fr, portail officiel de la Banque de France, propose un annuaire en ligne mis à jour régulièrement.

Les droits des seniors pendant la procédure de surendettement

La protection contre les saisies

Dès la décision de recevabilité du dossier par la commission, une suspension automatique des voies d’exécution s’applique. Cela signifie concrètement qu’aucun huissier ne peut procéder à une saisie sur compte bancaire, sur pension de retraite ou sur bien mobilier. Cette protection est essentielle pour permettre au retraité de retrouver un minimum de stabilité durant la procédure.

La pension de retraite bénéficie par ailleurs d’une protection légale renforcée : la fraction saisissable est strictement encadrée par le barème légal de saisie sur rémunération, et le solde bancaire insaisissable (SBI) garantit qu’un montant équivalent au RSA (622,63 € en 2025 pour une personne seule) reste toujours disponible sur le compte, quelles que soient les saisies en cours.

L’inscription au FICP

Le dépôt d’un dossier recevable entraîne une inscription au Fichier National des Incidents de Remboursement des Crédits aux Particuliers (FICP), géré par la Banque de France. Cette inscription dure 5 ans dans le cadre d’un plan conventionnel et 5 ans également pour une procédure de rétablissement personnel. Elle n’empêche pas de détenir un compte bancaire — tout établissement est tenu d’ouvrir un compte de base sur demande — mais elle limite l’accès aux nouveaux crédits.

Il ne faut pas y voir une sanction, mais une mesure de protection : elle évite au senior de contracter de nouveaux emprunts qui aggraveraient sa situation.

Agir avant d’être en situation de crise

La clé de la gestion du surendettement à la retraite, c’est l’anticipation. Trop de seniors attendent que la situation soit irrémédiable avant de consulter. Or, plus la démarche est engagée tôt, plus les solutions disponibles sont nombreuses et avantageuses.

Voici le conseil actionnable à retenir : si vos remboursements de crédits dépassent 35 % de vos revenus nets mensuels de retraite, ne tardez pas à prendre rendez-vous avec un conseiller du Point Conseil Budget de votre département, ou à contacter directement votre succursale de la Banque de France. Ce premier entretien est gratuit, sans engagement, et confidentiel. Il vous permettra d’avoir une vision claire de votre situation et d’engager, si nécessaire, la procédure adaptée avant que les intérêts de

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